30 mars 2025 - Saint Léon sur Vézère.

Autour de SAINT – LEON – sur – VEZERE 30 mars 2025

Passage à l’horaire d’été ce week-end … Une heure de sommeil en moins … et un départ à 8h de la place Henry … une demi-heure plus tôt que d’habitude ! Dur, dur le démarrage ce matin !

16 d’entre nous ont surmonté l’épreuve et se retrouvent à 9h30 à La Roque Saint–Christophe, en Dordogne, au départ d’une randonnée de 19km et 400m de dénivelé positif. Ce circuit va nous donner l’occasion de marcher le long de la Vézère, cette rivière dont la vallée, sur une cinquantaine de kilomètres, rassemble quelques-uns des plus grands sites de la préhistoire européenne, témoignant de 400 000ans d’occupation humaine.

La Roque Saint-Christophe s’étire sur près d’un kilomètre de long pour une hauteur de 80m. Le site aux cent abris sous roche a livré des traces d’occupation dès 55 000 avant J-C. Pour ce qui est de l’histoire écrite du lieu, elle commence en 976 lorsque l’évêque FROTAIRE de Périgueux ordonne la construction d’un réseau de forts destinés à défendre les voies traditionnelles d’accès des pillards, en particulier les Vikings. Par sa position stratégique, La Roque devient l’un des verrous de la Vézère qui, avec 4 autres forts, protégeait les vallées importantes du Périgord, à l’aide de machines de défense construites pour soutenir un siège. Le site sera habité par plus de 1500 personnes au Moyen-Âge, puis il sera démantelé en 1588 pendant les guerres de religion car il était devenu un refuge protestant.

Après avoir traversé la Vézère, nous allons jusqu’au village du Moustier, mondialement connu pour ses vestiges archéologiques, notamment du Néandertal. On parle donc du « moustérien » pour désigner la période de la préhistoire qui va de 300 000 à 30 000 avant le présent. Nous passons devant la petite église romane du 12ème siècle, dotée d’un clocher – mur où s’ouvre un portail en ogive et deux baies campanaires. Devant l’église se trouve un enfeu, c’est-à-dire une niche funéraire et juste à côté, on peut voir la réplique d’un canon de 1778, qui rappelle que la Vézère fut une voie de communication pour descendre et remonter les produits de la vie courante, mais aussi les terribles canons qui armèrent la marine du XVIIème siècle et qui étaient embarqués au port du Moustier. Dans le village est indiqué le niveau de la crue exceptionnelle du 4 octobre 1960 où la rivière fit des ravages en s’étalant sur plus d’un kilomètre de part et d’autre de son lit !

Notre parcours nous ramène vers la rivière dont le cours paisible ne peut laisser soupçonner ses terribles colères ! Nous passons sous une arche du pont emprunté un peu plus tôt et nous suivons les berges de la Vézère jusqu’au « Pas du miroir » où le cours d’eau s’élargit en une grande vasque à l’abri des rochers qui la surplombent. Après avoir dépassé le camping du Paradis et ses bouquets de bambous aux troncs impressionnants, nous attaquons la montée vers le point de vue du JOR qui offre un superbe panorama sur la vallée. Nous passons non loin du château de Chaban, demeure seigneuriale du XVIIe siècle : en 1943, un certain Jacques Delmas, déambulant à travers la campagne proche du Moustier, aperçut un écriteau indiquant « Château de Chaban ». Il décida que ce serait son nom de code de résistant, un nom qui ne l’a plus jamais quitté.

Lorsque nous arrivons à Saint-Léon, nos amis Jean-Marie et François nous livrent nos paniers de pique-nique pour une dégustation conviviale en bord de rivière. Randoval, toujours aux petits soins pour ses troupes caracolantes ! ! ! Et pour la marche de l’après-midi, nous gagnons 2 marcheurs de plus, Daniel et Jean-Marie !

Quelques mots à propos de Saint-Léon, classé parmi les plus beaux villages de France : situé à proximité d’une voie romaine, le village est un ancien port médiéval florissant, car la Vézère, rivière navigable, permettait aux gabarres d’accoster aux abords immédiats de l’église, favorisant le développement des échanges commerciaux vers Bordeaux.

Le village compte un riche patrimoine architectural, notamment l’église romane Saint-Léonce, le manoir de La Salle et le château de Clérans.

L’église romane Saint-Léonce : à l’origine, ce fut un prieuré bénédictin bâti sur des soubassements gallo-romains. La nef préromane, le transept et le chevet avec abside et absidioles en cul de four datent de la 2ème moitié du XIe siècle. Les murs de l’abside sont ornés de 5 arcs retombant sur des colonnes aux chapiteaux sculptés d’entrelacs. On aperçoit des restes de fresques allant du XIIe au XVIIIe siècle. Cette église est impressionnante de par sa simplicité et l’harmonie qui s’en dégage. En raison des crues régulières de la Vézère, le cimetière qui l’entourait a dû être déplacé en 1846, avec ses enfeus, c’est-à-dire les tombes encastrées dans l’épaisseur du mur d’un édifice religieux, généralement réservé aux nobles.

Le manoir de La Salle : c’est d’abord la tour carrée à contreforts, construite au XIVe siècle, qui attire l’attention. Lui est accolée une tourelle qui renferme un escalier à vis. Elle est couronnée de mâchicoulis supportant le chemin de ronde. Il s’agit bien là d’une tour de défense qui avait pour vocation de protéger l’entrée du village. La tour est équipée à chaque étage de latrines en encorbellement et le toit de lauzes est supporté par une charpente d’origine. Le manoir situé à proximité immédiate date du XVe siècle.

Le château de Clérans  : il jouxte le manoir de La Salle, dans un parc autrefois commun. Au XIIe, une maison noble appelée « hôtel noble de La Peyronie » a précédé l’édification du château de Clérans. Au XVIe siècle, Jean de Massault, qui porte le titre de seigneur de Clérans, fait reconstruire la demeure noble. Le château est protégé des crues de la rivière car il repose sur une plate-forme surélevée que contrebute un mur de soutènement du côté de la Vézère. Majestueux, il est composé d’un important corps de logis rectangulaire flanqué d’une tour d’escalier à vis au sud et d’un corps de logis secondaire au nord. L’ensemble est couvert par des toits d’ardoise remarquables. Pour l’anecdote, le château a appartenu au début du XXe siècle au petit neveu de l’illustre général Cambronne…

Après un sympathique vagabondage au cœur du village, nous reprenons notre chemin en traversant une nouvelle fois la rivière par le pont métallique de style Eiffel. A la sortie du pont, nous prenons un sentier longeant la Vézère qui a creusé le rocher en dégageant là encore de nombreux abris parmi lesquels le site troglodytique du Conquil, dont il est dit qu’il fut un « coffre-fort de marchandises » et un site refuge au Moyen-Âge. On aperçoit nettement les multiples niches où pouvaient être gardées les marchandises. On parle aussi de site sacré avec colombarium pour expliquer la présence de ces niches.

Nous poursuivons notre chemin en sous-bois, accompagnés par une lumière dorée qui met en relief les mousses piquetées de primevères et plus rares, d’asphodèles dont les hampes sont encore en bouton. Dans l’antiquité, l’asphodèle, encore appelé aujourd’hui « poireau du diable », était souvent utilisé pour fleurir les tombes, ce qui expliquerait la légende du « Pré de l’Asphodèle », lieu des Enfers dans la mythologie grecque.

Pour nous, point d’enfer en cette belle fin d’après-midi, mais un chemin pittoresque qui débouche, en fin de parcours, au milieu d’une prairie, sur la tête d’un monstre cornu prêt à dévorer notre ami Daniel ! Tête qui rappelle celles qui se trouvaient sur les proues des drakkars avec lesquels les vikings voguaient sur la Vézère en pillant tout sur leur passage.

La boucle est bouclée. Notre randonnée s’achève après une journée faste tant en ce qui concerne le patrimoine … que les kilomètres !

Et bravo si vous avez tenu le coup jusqu’au bout de ce compte-rendu … fleuve …

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